mercredi 22 février 2017

De la violence sexuelle à l'animalité sur les réseaux sociaux: pornographie ou réalité?


Depuis deux jours il y a , en Guinée, une vidéo qui est largement diffusée sur les téléphones portables et sur les réseaux sociaux. Il s’agit des images pornographiques d’une jeune femme guinéenne qui est en train d’être violée par deux hommes- bourreaux, âgés d’une quarantaine ou cinquantaine d’années. De telles images  cruelles témoignent, encore une fois, de la violence basée sur le genre dont sont régulièrement victimes nos sœurs, nos filles et nos amies. La violence basée sur le genre désigne toutes les souffrances physiques et morales infligées aux femmes en raison de leur appartenance sexuelle. De telles images malsaines, abominables et honteuses, qui ne doivent pas nous laisser indifférentes, sont malheureusement entretenues par les réalités de notre société, que nous avons tolérées en raison de la permissivité et du mimétisme ambiants.  Notre propos ici n’est pas de faire du sociologisme, en tentant d’expliquer à tout prix tous les comportements des individus par les réalités socioculturelles. D’ailleurs, comme le disait un homme politique français, « à force d’expliquer l’inexplicable, on finit par accepter l’inacceptable ». Ces images qui circulent sont insoutenables et inadmissibles. Les deux bourreaux qui ont violé et ceux qui ont mis ces images en ligne ont commis des crimes qui doivent être poursuivis. Ce fait divers nous amène d’ailleurs à réfléchir pour comprendre comment nos filles peuvent se retrouver dans de telles situations.

En Guinée, le corps des filles, mis en scène à travers leur mode vestimentaire, est réduit à un objet de spectacle et de fantasmes qui alimentent la libido masculine. Ainsi, au lieu de valoriser leur beauté, un tel habillement contribue plutôt à la dégradation de la condition féminine, où les filles sont réduites à un objet de plaisir des hommes et de démonstration de leur pouvoir matériel et financier. Certes, les jeunes filles peuvent se sentir plus désirées quand elles sont habillées de manière décolletée et provoquante, mais elles ne s’aperçoivent pas qu’elles sont plutôt assimilées à des proies, à conquérir comme des trophées. En Guinée, beaucoup de jeunes femmes sont désormais porteuses de ces fausses valeurs, qui se traduisent par l’achat de beaux vêtements et de produits de beauté de luxe, dont leurs familles n’ont pas les moyens. Elles adhèrent, à leur insu, à un style de vie de la bourgeoisie de consommation des Etats africains, composée essentiellement de prédateurs de l’économie responsables du sous-développement africain. C’est en adhérant à ce mode de vie avec la complaisance, voire la complicité de certains parents, que les jeunes filles cherchent à tout prix des relations avec des hommes aisés qui peuvent les entretenir. Parmi ceux-ci, il y a beaucoup de nouveaux riches arrogants. C’est ainsi qu’elles se retrouvent dans le cercle vicieux de la prostitution informelle, inconsciente ou consciente. Si la prostitution ne concernait que les filles pauvres des bas quartiers et des bidonvilles des Conakry, elle touche désormais de plus en plus les filles issues de familles relativement aisées. Ces dernières se prostituent pour accéder à des produits de luxe, tels que les mèches, qui coutent jusqu’à trois millions, alors que le salaire d’un cadre supérieur guinéen n’atteint même pas ce montant.  A notre avis, la seule manière d’aider nos sœurs à sortir de cette prison consiste d’abord à supprimer cette économie de beauté artificielle, ce qui n’est pas possible sans la participation des parents qui tolèrent, avec beaucoup de complaisance, les accoutrements de leurs filles. Par exemple, comment un père de famille peut-il tolérer que sa fille, qui ne travaille pas, porte un ensemble vestimentaire (y compris la coiffure)de la valeur de cinq millions, ce qui correspond à deux mois de son salaire s’il est cadre supérieur de la fonction publique, sans parler des parents ouvriers informels ou chômeurs, beaucoup plus nombreux en Guinée ? Les parents ont donc un grand rôle à jouer afin de mettre leurs filles à l’abri de certaines tentations, à travers la  surveillance, la répression, mais aussi l’éducation et la communication. Si nous ne pouvons pas interdire ces  produits de luxe, il faut au moins les saboter, en utilisant les media et le théâtre pour se moquer de la vision sérieuse de cette course effrénée de nos filles vers la beauté artificielle qui devrait  leur procurer  un mari ou un amant nanti.

 Nous devons également amener les jeunes à faire un bon usage de la nouvelle technologie qui, au lieu d’être un moyen d’accès aux informations et aux connaissances, a des effets pervers négatifs plus nombreux que son utilité pour la jeunesse guinéenne. Il est devenu, pour ces derniers, un refuge ou une échappatoire où ils se croient permis de tout faire.  Les jeunes en phase de socialisation, qui ont besoin d’être encadrés, échappent complètement au contrôle des parents. Nous continuons d’éduquer les jeunes selon la tradition, comme si les téléphones portables et l’internet n’existaient pas dans notre monde mondialisé, qui est devenu un village planétaire. Il est donc urgent de prendre en compte rapidement ces paramètres de la nouvelle technologie dans l’éducation des enfants. L’usage des  réseaux sociaux est un  couteaux à double tranchant qui, d’un côté, permet à tout le monde de se construire une image valorisante, mais qui, d’autre part, peut aussi se retourner contre  les usagers, en les humiliant jusqu’à les amener au suicide, comme cela arrive dans certains Pays européens. Il y a aussi un phénomène de curiosité et de voyeurisme qui entretient de tels phénomènes : cela nous concerne tous, car si nous ne regardons pas de tels phénomènes, les intéressés ne vont pas filmer et diffuser. C’est pourquoi il faut des mécanismes de régulation et de contrôle social, pour limiter cette curiosité, morbide mais humaine, qui amène les individus à regarder de telles scènes. Ces mécanismes existent déjà à la télé, où la pornographie n’est pas diffusée, mais sont  pratiquement absents sur l’internet, si bien que les réseaux sociaux sont en porte-à-faux avec les mécanismes de contrôle social de nos sociétés. De tels mécanismes sont encore plus nécessaires lorsque de telles scènes pornographiques visent à humilier une personne.

 Quant aux deux violeurs, ils se sont vraiment rabaissés dans cette vidéo où ils apparaissent comme deux males qui s’acharnent sur une femelle réduite en proie, d’où le caractère animalier de leur comportement. Ces images sont dignes d’un véritable film pornographique, qui contribue à rabaisser l’homme qui se distingue des animaux inférieurs par le tabou de l’inceste et la pudeur qui entoure la sexualité. Comme l’explique Claude Lévi-Strauss, la civilisation commence avec le tabou de l’inceste, car, à travers l’interdiction d’avoir des relations avec des femmes très proches (la femme, la sœur, la fille) l’homme ne se comporte plus comme un animal, dont la sexualité est guidée seulement par l’instinct. Au contraire, grâce  à la culture, l’homme a pu maitriser ses pulsions sexuelles. Il va jusqu’à donner des fonctions à sa sexualité au-delà de la reproduction biologique, notamment à travers la filiation, le lien social construit avec l’échange des femmes à travers le mariage et la transmission de l’héritage. Dans ce cas, en voulant jouir sexuellement de leur victime, pour satisfaire leur fantasmes et exprimer en même temps   leur puissance matérielle et financière (la scène a lieu dans un hôtel de luxe),  ils ont infligé  à cette femme une violence physique et morale qui risque de la détruire et d’humilier sa famille. Or,  les deux bourreaux violeurs  se sont rabaissés du même coup et ils ont humilié également leurs proches. C’est pourquoi tous les citoyens de la Guinée et du monde, ayant des sœurs, des filles, des nièces,  doivent se lever pour exprimer leur indignation face à de telles images abominables. Il faut aussi commencer à saboter de telles tentatives d’humiliation, en supprimant ces images des téléphones, en évitant de les partager et de les faire circuler.

Abdoulaye Wotem Sompare.

mercredi 7 septembre 2016

Le paradoxe de la régression du secteur minier guinéen


Le paradoxe guinéen réside du fait que dans plusieurs domaines, au lieu de progresser, en tirant les enseignements du passé pour mieux améliorer le présent et le futur, nous régressons plutôt. Tel est le cas du secteur minier guinéen, où les premiers contrats ont été signés  dans les années ‘60 et ’70, dans un contexte difficile d’isolement de la Guinée  par rapport aux puissances occidentales et surtout à la France. Le jeune pays venait d’accéder à l’indépendance, contre  la  volonté de la France qui avait déjà commencé à mettre en valeur la bauxite de Kassa, alors que  la  création  de la société de Fria était en cours.

La vision macroéconomique du premier régime guinéen consistait à s’appuyer sur le secteur minier afin de  développer les autre secteurs et surtout l’agriculture ,par effet d’entraînement : cette politique s’inspirait surement de la théorie économique du trickle down. Dans le cadre de la mise en valeur de la bauxite de Boké par la CBG, Compagnie Bauxite de Guinée, le président Sékou Toure s’était beaucoup battu pour la localisation de la production, c’est-à-dire la réalisation de toutes les étapes de la production sur place, de la transformation de la bauxite en alumine puis à la production del’ aluminium. Il était convaincu que la localisation de la production était plus avantageuse pour la Guinée, dans la mesure où elle contribuerait à créer plus d’emplois qualifiés  et plus de valeur ajoutée pour l’économie.

 

 Finalement,  la Guinée a été perdante, sur tous les plans, dans ses négociations  avec  des partenaires ayant plus de marges de manœuvre. La Guinée était  détentrice d’une rente minière, alors que les pays occidentaux et leurs entreprises multinationales détenaient  le capital financier et la rente technologique. Comme l’explique Bonnie Campbell[1], l’interpénétration des intérêts de plusieurs entreprises multinationales soutenues par leurs Etats et la solidarité que  cela implique n’ont  pas permis au jeune Etat guinéen d’atteindre tous ses objectifs. Des  gouvernements occidentaux   dont les entreprises, notamment Pecheney, Montecany, Alcoa,  étaient impliquées,  avaient naturellement  soutenu  la délocalisation, afin de créer plus d’emplois dans leurs pays dans un contexte de division internationale du travail. Or, la division internationale attribuait à cette époque, avant la mondialisation, les emplois qualifiés au pays développés du nord, comme les   Etats-Unis.  De plus, l’Etat guinéen  était pressé de signer parce que ses caisses étaient  vides, dans un contexte d’embargo et de sabotage économique de l’ancien Pays colonisateur , la France du General De Gaulle.

Finalement, la Guinée n’a pu détenir que les 50% du capital, alors que le reste appartient à ses partenaires étrangers. Ces derniers avaient obligé la Guinée à financer la construction des infrastructures de base, notamment les routes, les cités, les maisons, en lui faisant comprendre qu’elles reviendraient à la Guinée, qui pourrait les utiliser plus tard  à d’autres fins, différentes de la production de la bauxite.  Ils ont également bénéficié de plusieurs octrois fiscaux de la part de l’Etat guinéen qui cherchait à attirer rapidement des investisseurs étrangers 

De telles pertes, à l’époque, pourraient s’expliquer par l’insuffisance de la marge de manœuvre de la Guinée et le manque d’expérience et de niveau de scolarisation de ses négociateurs, car le cerveau moteur de la Guinée dans toutes ces opérations était le Président autodidacte , qui n’avait bénéficié que  de six ans d’instruction à l’école primaire. D’ailleurs, Jacques Larrue[2] rapporte dans son ouvrage qu’il était surpris de voir Sékou Touré utiliser ses petites notions acquises à l’école primaire, notamment la règle de trois, pour défendre les intérêts  de la Guinée. C’est dans ce contexte que les entreprises minières ont été créées. Malgré la perte de la Guinée et les injustices dont elle a été victime, toujours dénoncées par  le premier président, elle n’avait jamais renoncé à intégrer ces entreprises dans l’économie locale. Même si cet objectif n’a jamais pu être entièrement atteint, les préfectures de Boké et de Fria ont bénéficié quand même de l’implantation industrielle, à travers la création des infrastructures, notamment la route, le chemin de fer, le port de Kamsar. C’est dans ce but que OFAB (Office d’Aménagement de Boké), qui est devenu ANAIM, a été créé pour construire, entretenir et intégrer les infrastructures minières dans l’économie locale et nationale.

Pendant la première République socialiste, les salaires étaient plus bas, mais les travailleurs bénéficiaient de meilleures conditions de vie et protection sociale, car  ils recevaient des denrées alimentaires, des soins gratuits, des logements équipés avec accès à l’eau et à l’électricité.  D’ailleurs, les syndicats sont parvenus à préserver une bonne partie de ces acquis jusqu’à nos jours. Le régime libéral de la deuxième République du Général Lansana Conté a contribué à élever le niveau de vie et le pouvoir d’achat des travailleurs des zones minières, à travers l’augmentation salariale.

Après 50 ans d’exploitation minière, l’usine de Fria est fermée et  les habitants de cette ville, qui était une vitrine de la modernité, sont victimes de la paupérisation. La gestion calamiteuse de Fria par la deuxième République et le manque d’information des syndicats dans un contexte de corruption n’ont pas favorisé sa survie. Quant à la Compagnie Bauxite de Guinée (CBG) ,ses zones industrielles constituent  toujours une enclave moderne dans un Pays sous-développé, mais il y a lieu de noter qu’elle demeure de nos jours  la meilleure entreprise de Guinée en ce qui concerne la capacité d’offrir aux employés de bonnes conditions de travail et la sécurité de l’emploi.

C’est pourquoi  aujourd’hui,   au moment où d’autres entreprises telles que Rio Tinto nous promettent monts et merveilles,  nous devons nous appuyer sur les acquis et les limites de la CBG pour signer de nouveaux contrats miniers. Ce qui est paradoxal et révoltant, les nouvelles sociétés minières qui ont été créées récemment, par exemple à Forecariah, Katougouma, Dapolon, dans la région de Boké, sont encore moins intégrées dans l’économie locale que la CBG et Fria, ou la SAG même. Il s’agit d’entreprises qui ne viennent que pour extraire la bauxite et l’envoyer, sans construire de routes, ni de port. On fait croire aux populations locales, de manière hypocrite, qu’elles pourraient obtenir des emplois, mais en réalité ces exploitations vont contribuer à dégrader l’environnement et engendrer des problèmes sociaux, comme on a pu  le constater, la semaine dernière, à travers des manifestations dans le village de Katougouma. Ces nouvelles installations minières risquent de renforcer les identités ethniques et régionalistes, sources de conflit, alors que l’entreprise de Fria avait été un creuset de toutes les ethnies, une vitrine de la multiethnicité.

Le problème  d’attribution des emplois revendiqués par les communautés de la Guinée Forestière, de Siguiri et dernièrement dans la région de Boké, est à notre avis un faux débat que l’on doit dépasser. Il faut faire comprendre aux jeunes que lorsqu’une entreprise est installée et intégrée dans une localité donnée, ses populations auraient forcément des retombées, si elles ont des ressources humaines adéquates. Or, les entreprises qui s’installent dans nos  villages ne peuvent pas y trouver toutes les compétences qu’elles recherchent : elles sont donc obligées d’élargir leur bassin de l’emploi.  Je suis originaire de Boké, mais les emplois du secteur minier n’appartiennent pas qu’à nous, les ressortissants des zones minières : de la même manière l’or de Siguiri et le fer de la Guinée forestière n’appartiennent pas qu’aux ressortissants de ces localités.  Ce sont de bonnes négociations, où l’Etat impose aux entreprises de garantir de bonnes conditions de travail et de vie à leurs employés, qui pourront permettre à tous les Guinéens se profiter des ressources de notre sol. C’est une bonne politique fiscale qui peut permettre aux collectivités locales de bénéficier de ristournes, à travers les taxes payées par les entreprises qui s’installent dans leurs localités. Enfin, c’est la formation des jeunes de ces localités qui leur permettra d’être embauchés. Cessons de croire qu’on nous donnera des emplois comme des cadeaux : ce sont des promesses ayant le seul objectif de signer des contrats. Concentrons-nous plutôt sur la réalisation d’études d’impact sérieuses, soucieuses de comprendre véritablement l’impact socio-économique  de l’installation minière sur la vie des populations locales et sur leur environnement. 

Dr Abdoulaye Wotem Sompare.

Sociologue du travail, spécialiste du secteur minier guinéen et des questions de développement.




[1] Campbell, B. 1983. Les enjeux de la bauxite. La Guinée face aux multinationales de l’aluminium. Montréal : Presses Universitaires de Montréal.
[2] Larrue, J. 1997. Fria en Guinée, première usine d’Alumine en terre africaine. Paris : Karthala

lundi 8 août 2016

Quelques paradoxes du système éducatif guinéen: les écoles et les Universités privées



Comme nous l’avons déjà souligné, notre objectif dans cette rubrique n’est pas de critiquer seulement pour critiquer, en caricaturant ainsi  les réalités de la Guinée, où se passent de très bonnes choses. Or, notre Pays est aussi miné par plusieurs contradictions et des paradoxes négatifs.

Le paradoxe des Ecoles

Rappelons-nous d’abord qu’un système est avant tout un ensemble compose d’éléments interdépendants entre lesquels il y a une cohérence et une harmonie. Or, le système éducatif guinéen, à multiples vitesses, mal cordonné par le Ministère en charge, apparait très hétérogène. Son mode de fonctionnement est très cacophonique, dans la mesure où il est composé d’écoles et d’universités de qualités différentes. Dans la plupart des Pays du monde, même de tradition plus libérale, les écoles publiques sont toujours plus nombreuses. Or, en Guinée, un Pays qui a été socialiste jusqu’en 1984, les écoles privées sont presque deux fois plus nombreuses que les établissements publics, surtout dans les grandes agglomérations, telles que Conakry. Cela engendre des inégalités scolaires criantes, tout en contribuant à la dégradation de la qualité de l’enseignement, dans la mesure où la majeure partie des fondateurs n’ont ni l’expertise ni la déontologie nécessaire pour fournir une meilleure offre scolaire. Le plus souvent, c’est le profit qui l’emporte sur les préoccupations éducatives : nous avons d’ailleurs observé une affiche très emblématique, promettant aux étudiants des formations allant de la maternelle jusqu’au doctorat. 

Le paradoxe des Universités

 Il y a incontestablement, en Guinée, plus d’Universités privées que d’établissements d’enseignement supérieur public, avec des niveaux et des modes de fonctionnement complètement différents. Or, nous savons que la plupart des Pays africains au Sud du Sahara ont des problèmes pour entretenir une Université publique de bonne qualité, qui suppose le recrutement d’enseignants de rang magistral et l’allocation de moyens pour la recherche. Or, le contraste le plus frappant en Guinée est qu’il y a aujourd’hui plus d’Universités dans notre capitale que dans toute la région parisienne, où l’Université existe depuis des siècles. Certes, ces Universités ont été créées dans une certaines mesures pour combler les lacunes et le manque de moyens de l’Etat, dans un contexte d’ajustement structurel, où les Etats sont obligés de réduire leurs dépenses sociales. Certes, il y a quelques Universités qui déploient des efforts pour fournir une offre éducative de bonne qualité, mais elles sont malheureusement peu nombreuses. Ici encore, la logique commerciale l’emporte, dans un contexte de libéralisme sauvage et de corruption, où les enseignants, pour arriver à la fin du mois, sont obligés de devenir des pèlerins du savoir, qui errent entre les Universités pour vendre leur expertise. D’où le phénomène de « ouvrierisation » et de dévalorisation du métier d’enseignant en Guinée.

Cette triste réalité, inquiétante pour l’avenir de la jeunesse, est entretenue également par les étudiants et leurs familles, qui ont de plus en plus tendance à choisir les établissements d’enseignement supérieur plus proches de leurs lieux d’habitation, en considérant ainsi l’université comme un simple prolongement du lycée. Ce mode de fonctionnement ne favorise pas l’intégration des jeunes dans la République ; au contraire, dans des quartiers qui se constituent sur base ethnique, les écoles et même les Universités obéissent à des logiques communautaires. Je trouve qu’il est inquiétant de retrouver sur les bancs d’une Université, qui se veut lieu de confrontation, creuset d’idées et d’apports divers, des étudiants ayant tous la même origine ethnique et les mêmes conceptions religieuses, à quelques exceptions près.   

D’ailleurs, il y a beaucoup de fondateurs qui ne sont pas universitaires, qui considèrent et gèrent leurs universités comme un gros lycée, qui constitue pour eux un patrimoine personnel. C’est pourquoi il  y a des fondateurs qui se sont permis de donner leurs propres noms à leurs universités, ou de donner d’autres noms fantaisistes. Ce qui est déplorable, ce fonctionnement anormal apparait normal aux yeux des plus jeunes. Il est donc temps de prôner, de la part de l’Etat, un contrôle plus stricte et sérieux des institutions universitaires. Cela ne signifie pas seulement procéder à des évaluations et à des classements, comme on le fait maintenant, de manière souvent superficielle et subjective, mais de  veiller au respect d’un minimum de critères académiques internationaux, en encourageant la formation de qualité et la recherche.

Dr A.Wotem Sompare

samedi 6 août 2016

La relance du blog et le paradoxe guinéen


Je m’excuse de cette longue interruption de nos publications en raison de notre engagement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie d’Ebola en Guinée en tant que consultant de l’Organisation Mondiale de la Sante. Tout notre temps a été complètement absorbé par ces activités de recherche et de médiation, car il fallait rendre, en moyenne, un rapport tous les deux jours. Après cette crise sanitaire, Guineeclairages tente de se relancer, à l’image du pays qui doit se relever en reconstruisant son système de santé et son économie, dont l’épidémie a révélé toutes les lacunes.

Nous vous annonçons à cette occasion l’ouverture d’une nouvelle rubrique dénommée le paradoxe guinéen.

Le paradoxe guinéen le plus connu et souvent cité,  à juste titre, est le contraste entre les gigantesques ressources naturelles du pays et l‘extrême pauvreté de ses populations ayant des conditions de vie difficiles. Comme on le dit souvent, la Guinée est dotée de beaucoup de ressources hydrauliques, au point d’être considérée comme le  château de  l’Afrique de l’Ouest par les géographes, mais la majeure partie de ses populations vivent sans eau potable ni électricité. D’ailleurs, dans le cadre de la lutte contre l’épidémie d’Ebola, la majeure partie des villages et des quartiers ont profité de la présence des représentants des institutions pour exprimer  des revendications légitimes relatives à leurs problèmes quotidiens. Tel est le cas des villages situés  auprès du fleuve Konkoure, dans la sous-préfecture de Tanene, situés entre Dubreka et Boffa, dont les populations souffrent énormément des problèmes d’eau.

 Cependant, cet exemple désormais célèbre est le gros arbre qui cache une forêt de paradoxes en Guinée. C’est la partie émergée de l’Iceberg, que l’on voit  si nous   ne regardons pas   les choses plus en profondeur. En Guinée,   nous vivons quotidiennement dans des situations paradoxales qui constituent également des obstacles à notre progrès économique, social et politique. Cette nouvelle rubrique tente d’attirer notre regard ou, du moins, de rappeler que nous nous sommes habitués à ces conduites et à ces réalités anormales, au point de les tolérer comme des pratiques normales ou en se résignant simplement. Ceux qui ont un minimum de niveau d’instruction et qui s’informent, ou  qui ont observé le fonctionnement des autres pays au cours de voyages à l’étranger, savent très bien que nous faisons souvent en Guinée le contraire de ce que nous devons faire. Ces derniers, qui doivent indiquer aux jeunes la voie à suivre, se contentent dans la plupart des cas de jouer les intellectuels dans les  cafés ou philosophes au  comptoir des  bars. La majeure partie des guinéens, notamment les plus jeunes et analphabètes  qui ne comprennent pas ces réalités, pensent que la Guinée est frappée par une malédiction divine. D’où les séances de prières pour notre pays  régulièrement organisées par nos chefs religieux, qui caressent en général dans le sens des poils de ceux qui sont au pouvoir. C’est ainsi qu’une bonne partie de nos concitoyens ont sombré dans le fatalisme. Or, Dieu nous aide dans ce que nous faisons. Mais si nous faisons le contraire de ce que nous voulons, en empruntant  ainsi la voie inverse, nous n’arriverons jamais à la destination souhaitée

Nous ne voulons pas faire un portrait caricaturale de notre[AW1]  société en soulignant seulement ce qui ne va pas. Il y a certes de très bonnes choses qui se passent dans notre Pays,  mais les paradoxes  négatifs qui se nourrissent de permissivité, de laisser-aller , sont de plus en plus nombreux et persistants au point de donner le jour à une  société anomique, caractérisée par absence de règles et de repères.

Notre rubrique « Le  paradoxe guinéen » est une invitation à nous  regarder droit dans le miroir, à nous observer avec un recul et un esprit critique qu’il est difficile de garder lorsque nous observons notre propre société. Il s’agit non seulement d’avoir un regard critique, mais aussi autocritique, car nous contribuons aussi à entretenir des situations paradoxales, à l’image de nos voitures, qui alimentent les embouteillages-monstres de Conakry dont nous nous plaignons pourtant si souvent.   A notre humble avis il est urgent de regarder maintenant  les choses en face, afin de se projeter vers le futur en empruntant la bonne voie. Pour cela, le regard du sociologue s’avère particulièrement utile, du fait que, comme le dit Pierre Bourdieu, la sociologie dérange car elle dévoile des choses cachées et parfois refoulées. Ceci dit, je suis sûr de ne pas être le seul à avoir saisi le caractère paradoxal de nombreuses réalités que nous vivons en Guinée, et peut-être aussi dans d’autres Pays africains.  J’invite ainsi tous les lecteurs à témoigner des paradoxes qu’ils rencontrent dans leur vie de tous les jours et  à utiliser ce blog aussi pour exprimer leurs réflexions.






lundi 4 mai 2015

Les manifestations de l'opposition, ou l'irresponsabilité de la classe politique guinéenne



La classe politique est composée du gouvernement ou de la mouvance présidentielle et des partis de l’opposition. Les premiers cherchent toujours  à garder le pouvoir et les derniers cherchent à y accéder. C’est de bonne guerre, mais tous les coups ne sont pas cependant permis. C’est pourquoi  la compétition politique est régie par des règles, que tous les partis politiques sont tenus de respecter afin de mettre la cité à l’abri des troubles sociaux et de l’anarchie, sources de violence et d’insécurité. Or, dans le cas guinéen, les manifestations politiques sont synonymes d’actes  de violence et de vandalisme, qui se traduisent par des agressions physiques des citoyens et des forces de l’ordre et par la destruction des édifices publics, des biens  et des personnes. Ces manifestations, auxquelles s'ajoute la grèved'aujourd'hui,  privent également les citoyens de certains services fondamentaux,  notamment l’hôpital, les moyens de transport et les magasins des commerçants au marché, qui sont  souvent fermés en raison de la manifestation. S’ils sont ouverts, toutes les populations ne peuvent pas s’y rendre parce que les routes sont barricadées et  bloquées par des scènes de guérilla urbaine, opposant les jeunes des quartiers déshérités  et enclavés   situés tout au long de la route de prince et les forces de l’ordre.  On oublie aussi que les élèves et les étudiants, qui ont commencé les cours tardivement, souffrent également de cette situation : à l’Université, par exemple, tous les cours du lundi sont en retard.
Dans un contexte d’absence  de dialogue, les partis politiques de l’opposition n’ont trouvé comme unique moyen de pression ou d’accès  au pouvoir que  l’émeute et  la guérilla urbaine. C’est ainsi que les acteurs politiques guinéens ont contribué à l’instauration en Guinée d’une culture  politique de violence, qui a coûté la vie à des centaines de leurs compatriotes, en majorité des jeunes issus de l’opposition.  Ce sont toujours les mêmes débats stériles et formels concernant l’organisation des élections qui sont à l’origine des manifestations violentes et de la répression sanglante des forces de l’ordre. Cette fois-ci,  c’est autour du reversement des calendriers des élections communales et présidentielles que les deux camps s’opposent conformément à leurs  intérêts partisans respectifs. C’est la CENI qui a changé de manière unilatérale le calendrier en programmant les présidentielles avant les communales. Une telle décision est plus favorable à la mouvance présidentielle, dans la mesure où la majeure partie des maires  sont plus proches du gouvernement que de l’opposition. Le président compte certainement s’appuyer sur ces élus locaux à la base pour briguer un deuxième mandat. Quant aux leaders de l’opposition, ils n’ont pas le droit de manipuler et dresser les jeunes issus des quartiers  de leurs fiefs de Kosa , Bambeto, Bailo baya.   
De plus,  dans une situation de crise sanitaire, nous pouvons nous interroger sur la pertinence et l’opportunité des manifestations de l’opposition depuis deux semaines en Guinée.   En ce  moment, la Guinée est confrontée à la plus  grave épidémie  d’Ebola que l’Afrique  n’ait jamais connu.  Ebola, qui  menace notre survie tout en contribuant à notre isolement et stigmatisation, devrait être le principal thème de débat du champ  politique si nos leaders politiques étaient responsables  et patriotes. Ils auraient dû en faire leur première préoccupation du moment, en le mettant au-dessus des intérêts partisans et des clivages habituels. D’autant plus que les stratégies de riposte contre Ebola en Guinée souffrent également de ce clivage et bipolarisation politique à caractère ethnique et régionaliste. Sans attribuer les réticences et les résistances à la stratégie de riposte seulement à des facteurs politiques, nous pensons qu’il est parfois difficile d’adhérer aux campagnes de sensibilisation pour des populations très méfiantes envers le gouvernement. Par contre, en ce moment, l’unité nationale devrait être mise en avant au-delà de tout clivage, et nos leaders, par leurs actions et leurs discours, devraient donner un exemple de responsabilité et solidarité.
Dr A Wotem Sompare.
   
    

dimanche 18 janvier 2015

Les manifestations anti Charlie Hebdo entre l'attachement à la liberté d'expression et la provocation irresponsable

Il y a peu de jours,  “Eclairages guinéens”  avait souligné que le grand rassemblement de Paris suite à la tuerie de Charlie Hebdo ne devrait pas diviser le monde en deux grandes catégories, notamment  ceux qui sont Charlie et ceux qui ne le sont pas. Les participants à cette marche ont affiché  une union et une solidarité internationale, que le monde n’a peut-être plus  connues depuis la chute du mur de Berlin. Or, comme on l’avait souligné, dans cette marche  il y avait aussi tous ceux qui, tout en condamnant   le terrorisme,  ne sont pas forcément d’accord avec l’esprit de ce journal satirique. La preuve en est qu’un sondage récent prouve que 42% des Français se déclarent contraires à la une de Charlie Hebdo qui caricature le Prophète Mohamed. Maintenant les Occidentaux, au premier rang desquels se trouvent des dirigeants tels que François Hollande, sont désagréablement surpris de voir que certains dirigeants qui étaient à Paris ont interdit la publication de « Charlie Hebdo » une fois de retour dans leurs Pays. Tel est le cas des dirigeants sénégalais, nigériens, marocains, bref de la majeure partie des Pays musulmans.    En plus des déclarations officielles de la majeure partie des Etats musulmans condamnant la publication de Charlie Hebdo avec une caricature du Prophète Mohamed, il y a eu des émeutes et des soulèvements populaires au cours desquels une dizaine d’églises ont été brûlées au Niger, avec un bilan de dix morts. D’où l’amalgame paradoxal entre la ligne éditoriale de Charlie Hebdo qui est  un journal laïc, voire athée, et le Catholicisme considéré  en tant que religion du monde occidental. Or, le Pape même a condamné les caricatures de Charlie Hebdo, en disant qu’il ne faut pas tuer au nom de Dieu, mais qu’on ne doit pas non plus offenser la religion d’autrui. Beaucoup de catholiques et laïcs  européens ne sont pas d’accord avec la ligne éditoriale de ce journal malgré la condamnation unanime du crime dont ont  été victimes les membres de la  rédaction.  Donc, ceux qui protestent ont eu tort de s’en prendre aux églises catholiques !
De plus, comme on le disait dans le deuxième article, la jeunesse africaine ne doit pas transposer cette guerre de civilisation en Afrique. Elle ne doit pas oublier non plus que François Hollande a combattu le terrorisme au Mali dans l’intérêt de l’Afrique. C’est pourquoi il était d’ailleurs  désagréablement surpris des manifestations à Niamey et dans d’autres Pays africains. Cela montre encore une fois que les dirigeants occidentaux persistent à faire de mauvais choix en ignorant les réalités socioculturelles et la géopolitique  des Pays en conflit.   Pour reprendre  Max Weber, on a l’impression que les dirigeants des Pays Occidentaux agissent souvent au nom d’une rationalité inspirée et dictée par la défense de valeurs, telles que la démocratie ou la liberté d’expression. Même s’ils ont des intérêts économiques ou géostratégiques cachés, c’est au nom de ces valeurs  qu’ils ont soutenu, par exemple, les rebelles syriens  contre Bassar Al Asad ou qu’ils ont favorisé la chute de Kadhafi en Lybie. C’est ainsi qu’ils ont déstabilisé ces pays qui sont devenus ingouvernables tout en favorisant l’émergence d’un nouveau groupe terroriste, l’Etat islamique.  
Or, ces actions rationnelles par rapport à des valeurs ne le sont pas par rapport à un objectif qui devrait être partagé par tous, c'est-à-dire l’apaisement des tensions qui enflamment aujourd’hui le monde en empruntant trop souvent la voie  d’un choc des civilisations.  Pourquoi, par exemple, insister avec la caricature du Prophète Mohamed au nom des valeurs au sens wébérien du terme, sans se préoccuper des conséquences sur des populations peu scolarisées et facilement instrumentalisées ? En se souciant  de respecter les valeurs de tolérance et de laïcité sans se soucier des conséquences, les rédacteurs de Charlie Hebdo, autorisés par les dirigeants français, ont posé un acte irresponsable qui peut être facilement  perçu comme provocateur.
Il est vraiment dommage de voir certaines populations africaines bruler aujourd’hui les drapeaux de la France et en s’attaquant à ses installations de coopération et à ses biens pendant la présidence de François Hollande qui a été toujours présent quand l’Afrique eu besoin de lui, notamment au Mali, en Guinée et en Centrafrique,  en raison des amalgames et des incompréhensions qu’on aurait pu surmonter avec une bonne communication des uns et des autres. Il est aussi regrettable de voir le journal Charlie Hebdo, qui critique régulièrement le Front national et le racisme en France en défendant donc les populations étrangères,  y compris les Africains, au centre  et à l’origine de ces manifestations violentes en Afrique.  Ces soulèvements qui ont déjà couté la vie à dix  personnes en raison de l’entêtement de la presse française par rapport à  un idéal de liberté d’expression ressentie comme une provocation chez beaucoup de musulmans.
Quant aux jeunes africains et surtout nigériens en particulier, comme nous l’avons déjà souligné ci- haut, ils se trompent de lieu de combat en s’attaquant  injustement et aveuglement aux Eglises où les frères et sœurs catholiques prient dans un continent où il y a toujours eu une coexistence pacifique et un brassage entre les différentes communautés religieuses enracinées dans l’animisme et syncrétisme africain . C’est pourquoi les dirigeants des Pays africains devraient faire passer des messages apaisants à leurs populations tout en leur expliquant que la satire de Charlie Hebdo n’a rien d’une attaque des Catholiques contre les Musulmans. Il s’agit d’un journal irrévérent envers toutes les religions et ses dérives ou provocations ne doivent pas exposer à la violence nos frères et sœurs catholiques, qui ont le droit de pratiquer leur foi comme ils l’ont toujours fait en Afrique, dans la paix et dans le respect réciproque.

jeudi 15 janvier 2015

Le massacre de Boko Haram dans l'ombre des attaques terroristes en France



Cette semaine, pendant que nos yeux étaient rivés à travers les medias du monde entier, sur la traque et la prise d’otage des terroristes islamistes que nous étions de suivre en direct comme au cinéma, Boko Haram était en train de tuer plus de 2000 personnes au Nigéria. En massacrant les populations, les soldats de la secte islamiste ont détruit 16 villages en provoquant ainsi les déplacements de milliers d’individus sans abris vers les pays voisins. C’est le massacre de 17 personnes à Paris qui a retenu plutôt l’attention, la mobilisation et la compassion du monde entier en oubliant ainsi les victimes inconnues et les sans voix assassinées par Boko Haram. Seuls quelques rares travailleurs humanitaires des ONG internationales sont restés au chevet de ces populations innocentes, désemparées et  meurtries par une violence inouïe,  qui sont devenues la cible des attaques terroristes régulières face à  un Etat impuissant, dans l’indifférence de l’Union Africaine. La communauté internationale et les Pays Occidentaux, plus engagés dans les autres foyers de conflit, comme l’Afghanistan, la Syrie et l’Iraq, semblent avoir relégué ce qui se passe au Nigéria  au second plan.    Dix- sept chefs d’Etats ont quitté l’Afrique pour venir assister au rassemblement mais ils ont oubliés le  drame nigérian. D’une part l’Afrique était surreprésentée à Paris et d’autre part elle a brillé par son absence et indifférence en terre africaine du Nigeria.    Or, si le Nigeria est touché par le terrorisme toute l’Afrique doit s’inquiéter. De plus l’Afrique, confrontée aux problèmes du développement politique et économique,  est sans doute la cible la plus vulnérable du terrorisme, où il trouve des terreaux plus favorables pour sa propagation et persistance. Les dirigeants africains n’arrivent toujours pas à comprendre que, dans un monde globalisé, «  lorsque quelqu’un tousse au Sahel ou au Nigeria, c’est toute l’Afrique qui sera enrhumé », pour reprendre l’expression de l’intellectuel nigérian et prix Nobel de littérature Wole Soyinka. En paraphrasant Soyinka, il est donc temps que tous les tigres africains arrêtent de parler maintenant avec des discours creux  au nom du «  politiquement correcte »,   pour sortir les griffes en faisant du terrorisme leur proie privilégiée, afin de protéger nos populations.  
Certes nous sommes choqués par les massacres de Paris mais n’oublions pas  non plus ces victimes et innocents du Nigeria  et des pays limitrophes, notamment le Cameroun et le Niger, confrontés aux problèmes de survie et qui tombent tous les jours sous les balles de ces robots tueurs corrompus, endoctrinés, manipulés, dressés et télécommandés contre leurs propres sociétés et populations. Depuis quand des attentats suicides Kamikaze sont-ils possibles  en terre africaine de syncrétisme,  de tolérance et de coexistence pacifique des populations de confessions religieuses différentes ?  Comment en est arrivé là au pays de Sinua Achebe dont le roman, « Le Monde S’effondre » est l’illustration même du syncrétisme africain, de la tolérance et du dialogue des religions ?
   La  jeunesse africaine ne doit absolument pas se tromper de lieu de combat en s’ingérant dans une stupide  guerre des civilisations transposées en Afrique. Cette guerre   n’est pas la nôtre alors que nous sommes confrontés au problème de développement et des catastrophes naturelles et sanitaires telles qu’Ebola en ce moment. Préservons donc nos vies, énergies, et intelligences en les consacrant au problème de développement au lieu de les gaspiller dans une guerre des civilisations masquées par la raison ou passion religieuse. Il ne faut pas perdre notre temps tout en compromettant notre avenir et donc celui du continent dans  une guerre peu respectueuse des vies humaines et destructrice des civilisations,  provoquée et entretenue par les élites religieuses et politiques du moyen Orient  et des pays du Golfe et alimentée par les erreurs  des dirigeants politiques occidentaux.