jeudi 15 janvier 2015

Le massacre de Boko Haram dans l'ombre des attaques terroristes en France



Cette semaine, pendant que nos yeux étaient rivés à travers les medias du monde entier, sur la traque et la prise d’otage des terroristes islamistes que nous étions de suivre en direct comme au cinéma, Boko Haram était en train de tuer plus de 2000 personnes au Nigéria. En massacrant les populations, les soldats de la secte islamiste ont détruit 16 villages en provoquant ainsi les déplacements de milliers d’individus sans abris vers les pays voisins. C’est le massacre de 17 personnes à Paris qui a retenu plutôt l’attention, la mobilisation et la compassion du monde entier en oubliant ainsi les victimes inconnues et les sans voix assassinées par Boko Haram. Seuls quelques rares travailleurs humanitaires des ONG internationales sont restés au chevet de ces populations innocentes, désemparées et  meurtries par une violence inouïe,  qui sont devenues la cible des attaques terroristes régulières face à  un Etat impuissant, dans l’indifférence de l’Union Africaine. La communauté internationale et les Pays Occidentaux, plus engagés dans les autres foyers de conflit, comme l’Afghanistan, la Syrie et l’Iraq, semblent avoir relégué ce qui se passe au Nigéria  au second plan.    Dix- sept chefs d’Etats ont quitté l’Afrique pour venir assister au rassemblement mais ils ont oubliés le  drame nigérian. D’une part l’Afrique était surreprésentée à Paris et d’autre part elle a brillé par son absence et indifférence en terre africaine du Nigeria.    Or, si le Nigeria est touché par le terrorisme toute l’Afrique doit s’inquiéter. De plus l’Afrique, confrontée aux problèmes du développement politique et économique,  est sans doute la cible la plus vulnérable du terrorisme, où il trouve des terreaux plus favorables pour sa propagation et persistance. Les dirigeants africains n’arrivent toujours pas à comprendre que, dans un monde globalisé, «  lorsque quelqu’un tousse au Sahel ou au Nigeria, c’est toute l’Afrique qui sera enrhumé », pour reprendre l’expression de l’intellectuel nigérian et prix Nobel de littérature Wole Soyinka. En paraphrasant Soyinka, il est donc temps que tous les tigres africains arrêtent de parler maintenant avec des discours creux  au nom du «  politiquement correcte »,   pour sortir les griffes en faisant du terrorisme leur proie privilégiée, afin de protéger nos populations.  
Certes nous sommes choqués par les massacres de Paris mais n’oublions pas  non plus ces victimes et innocents du Nigeria  et des pays limitrophes, notamment le Cameroun et le Niger, confrontés aux problèmes de survie et qui tombent tous les jours sous les balles de ces robots tueurs corrompus, endoctrinés, manipulés, dressés et télécommandés contre leurs propres sociétés et populations. Depuis quand des attentats suicides Kamikaze sont-ils possibles  en terre africaine de syncrétisme,  de tolérance et de coexistence pacifique des populations de confessions religieuses différentes ?  Comment en est arrivé là au pays de Sinua Achebe dont le roman, « Le Monde S’effondre » est l’illustration même du syncrétisme africain, de la tolérance et du dialogue des religions ?
   La  jeunesse africaine ne doit absolument pas se tromper de lieu de combat en s’ingérant dans une stupide  guerre des civilisations transposées en Afrique. Cette guerre   n’est pas la nôtre alors que nous sommes confrontés au problème de développement et des catastrophes naturelles et sanitaires telles qu’Ebola en ce moment. Préservons donc nos vies, énergies, et intelligences en les consacrant au problème de développement au lieu de les gaspiller dans une guerre des civilisations masquées par la raison ou passion religieuse. Il ne faut pas perdre notre temps tout en compromettant notre avenir et donc celui du continent dans  une guerre peu respectueuse des vies humaines et destructrice des civilisations,  provoquée et entretenue par les élites religieuses et politiques du moyen Orient  et des pays du Golfe et alimentée par les erreurs  des dirigeants politiques occidentaux.  
 
 

lundi 12 janvier 2015

Etre ou ne pas être Charlie? Une fausse opposition: être humain, solidaire et lucide!



Comme tout n’est pas blanc ou noir, dans un schéma d’analyse simpliste et dichotomique teinté de manichéisme où on oppose, sans cesse, les bons et les méchants à l’image des films Hollywoodiens, ce slogan de solidarité et d’indignation diffusé partout après le drame   ne doit pas diviser donc le monde entier en deux catégories distinctes et réductrices. Notre planète ne saurait être réduite à une division entre ceux qui « sont Charlie » et ce qui ne le sont pas, en regroupant ainsi les gens en deux camps opposés. Malgré le sentiment d’indignation, de révolte, d’impuissance que de tels actes criminels et terroristes suscitent en nous, efforçons-nous de rester lucides et objectifs  en faisant une analyse froide d’une telle situation inquiétante et menaçante pour nous tous. Evitons donc de tomber dans le piège de la pensée unique.            
 Je suis Charlie en tant qu’être humain, citoyen du monde et partisan de la liberté d’expression, choqué par les actes de  violence et de barbarie qui ont couté la vie à l’équipe de rédaction de Charlie Hebdo.
Je ne suis pas   Charlie en tant qu’africain de Guinée, qui n’a pas  forcément la même la religion, ni le même sens de l’humour, que les français ou les Occidentaux, que les dessins de cet hebdomadaire font rire beaucoup plus que moi.
De plus,  tous les français n’ont pas d’ailleurs le même langage et les mêmes sens de l’humour, qui varient selon l’appartenance des individus aux différentes couches sociales notamment la classe populaire, la classe moyenne, la classe supérieure ou la bourgeoisie. Par exemple, si les films de Woody Allen, le réalisateur américain, font rire beaucoup les français de la classe moyenne, tel n’est pas le cas des individus de milieux populaires.
Dans l’humour des classes populaires qui est plus direct et moins sophistiqué il y a plus de gros mots et d’allusions sexuelles. Or un tel humour est considéré comme grossier, vulgaire, insolent dans la classe moyenne, voire impoli en milieu bourgeois.
Quant aux africains, si je ne me trompe pas par ethnocentrisme, ils ont en général un humour plus direct et innocent qui n’a pour objectif en général que de faire rire les gens afin de détendre l’atmosphère et de désamorcer les conflits. Il  n’y a pas non plus beaucoup de sous entendus ni de sarcasme. De plus on n’a pas droit,  en Afrique, d’utiliser l’humour avec quiconque. Les jeux de plaisanteries existent entre les grands parents et petits enfants, les beaux frères, belles sœurs et les cousins maternels.  Il y a également des relations de plaisanteries qui existent entre les groupes ethniques ou les personnes qui portent certains patronymes : les Camara plaisantent par exemple avec les Sylla.
En tentant compte de toutes ces considérations socioculturelles, le slogan « Je suis Charlie » et l’humour du journal satirique ne sauraient êtres universel. Certes ce slogan tente de s’identifier aux victimes du massacre,   tout en démontrant par solidarité que l’esprit de « Charlie Hebdo » n’est pas mort. Cependant, je suis certain que beaucoup de personnes, tout en manifestant leur solidarité aux  victimes du massacre et à leurs familles, préfèrent garder une certaine distance par rapport à un journal proposant des caricatures parfois  vulgaires sur les thèmes de la religion. Comme ce qui fait rire les uns choque les autres, il faut à notre avis éviter de se heurter à la susceptibilité, la colère et la frustration en faisant de l’humour sur certains thèmes tels que la race et la religion.
Malgré notre indignation face  à cette barbarie des tueurs de Charlie Hebdo, qui n’a d’égal que l’obscurantisme, la haine et la lâcheté qui l’ont engendrée, nous pensons très sincèrement que ces journalistes n’avaient pas besoin de caricaturer le prophète Mohamed dans la mesure où cela est interdit par la religion musulmane. De plus,  la France a fait beaucoup d’efforts pour respecter les religions de ses habitants étrangers. Par exemple dans les cantines scolaires, les mairies  et les écoles évitent aux enfants musulmans de consommer la viande de porc en leurs proposant toujours d’autres repas. Or, il est beaucoup plus difficile de respecter de telles prohibitions que de s’abstenir de faire les caricatures du prophète.

Lorsqu’on utilise l’humour pour se moquer de la vision sérieuse d’une religion  en caricaturant son prophète, cela peut choquer et révolter naturellement ses fidèles. Cela peut être instrumentalisé par les extrémistes qui souhaitent, à tout prix, une guerre des civilisations. Selon les élites politiques et intellectuelles françaises une telle attitude de provocation est conforme au droit et aux traditions républicaines françaises protégeant  la liberté d’expression. Ce raisonnement  obéit également à la politique assimilationniste des colonies et des étrangers, moins attentive aux réalités socioculturelles des communautés.   Il en va autrement  en Angleterre et aux Etats-Unis, où il est interdit de caricaturer les personnages religieux  ou faire des blagues en utilisant la couleur de la peau des individus. Cette interdiction n’est pas, à notre avis, une abdication à la liberté d’expression, ni un compromis avec le fanatisme religieux, mais simplement une question de réalisme et de bon sens. Nous pensons que, pour favoriser la coexistence pacifique dans une société multiculturelle, il vaut mieux ne pas faire des provocations touchant aux croyances les plus sacrées des uns et des autres.
 De plus,  le monde a beaucoup évolué, car dans l’ère de la mondialisation les territoires nationaux ne sont plus comme avant. Les nouvelles technologies via internet ont fait éclater  les traditionnelles barrières nationales. C’est pourquoi toute information diffusée en France est accessible en quelques secondes dans le monde entier. De plus les sociétés Occidentales sont devenues très cosmopolites et  multiculturelles. Dans un tel contexte, toute publication de  la presse ne s’adresse pas qu’aux français et aux occidentaux qui ont en général un niveau de scolarisation plus élevé et sont plus imprégnés de certaines valeurs démocratiques, notamment la liberté d’expression. Sans être évolutionniste, les européens se rappellent bien  qu’autrefois, quand il y avait plus d’obscurantisme et de dogmatisme dans leurs sociétés catholiques, toute critique voire la moindre contradiction avec les dogmes de la religion chrétienne, exposaient les auteurs à la sanction très sévère de l’Église pour l’hérésie. Tel a été le cas de Galilée. Les sociétés européennes ont connu des conjonctures historiques et des courants philosophiques, à partir de l’époque des Lumières jusqu’au marxisme, qui ont profondément changé le rapport des individus à la religion, en introduisant une remise en question, un questionnement ou une distanciation qui n’existent pas ailleurs.
Notre appel au compromis, au bon sens et à la tolérance des États Occidentaux vis-à-vis des populations d’origine étrangère vivant dans leur territoire ne  devraient exonérer ces dernières de leur effort de s’intégrer dans leurs sociétés d’accueil.
Certes les populations d’origine étrangère sont  plus victimes de l’échec scolaire et du manque d’insertion professionnelle et sociale qui créent des frustrations, instrumentalisées et transformées en haine par les extrémistes religieux. Mais ce n’est pas en commettant de tels actes criminels et terroristes qu’ils défendront les musulmans ou leurs communautés. Au contraire en agissant de la sorte ils n’ont fait qu’aider le Front National et les autres partis d’extrême droite  tout en rendant la vie plus difficile aux musulmans en Europe. Ils doivent plutôt se battre pour mieux étudier et défendre leurs causes par la plume et par le discours comme le fait, Tariq Ramadan, l’un des rares intellectuels musulmans issus de l’immigration. D’ailleurs une semaine avant cet attentat, ce dernier affirmait dans l’hebdomadaire Français « Le Point » que les musulmans ne devaient pas répondre aux provocations de Charlie Hebdo. Pierre Bourdieu, le grand sociologue français et intellectuel engagé ne disait pas autre chose  lorsqu’il déplorait le rejet de la culture et du milieu intellectuel par les jeunes de la banlieue parisienne. Il leur disait   qu’ils étaient  des crétins lorsqu’ils refusaient de lire même les livre  concernant leurs origines, leurs problèmes liés  à  la situation des jeunes issus de l’immigration.
La question n’est donc pas  d’être Charlie ou de ne pas l’être. A notre humble avis et en tenant compte de toutes les considérations socioculturelles évoquées ci-haut dans leur complexité et particularité, il s’agit d’être à la fois humain, solidaire tout en demeurant responsable, lucide et objectif indépendamment de notre appartenance à  une religion, une communauté, une société ou pays.   

samedi 3 janvier 2015

Une leçon de démocratie pour les présidents africains: le discours présidentiel italien du Nouvel An

Le très vieux sage président Italien issu du consensus national a surpris les téléspectateurs italiens et l’opinion internationale en déclarant calmement et fermement qu’il  ne compte plus terminer son mandat parce qu’il est désormais trop âgé.  Selon lui, il a pu constater que son âge  représente une limite importante dans la bonne exécution de son mandat. En tenant compte des incertitudes que comporte  son âge, il a peur de mourir en laissant le pays sans guide. D’ailleurs il rappelle qu’il ne voulait pas  ce deuxième mandat, qu’il accepta pour aider l’Italie à sortir d’un moment de grande instabilité, suite à la démission de Mario Monti dont les reformes libérales de l’économie ont été contestées. Enfin il invite les analystes politiques et les historiens à faire le bilan de son mandat avec esprit critique et objectivité, d’où son sens de l’histoire. Il s’agit là d’un personnage politique qui veut entrer dans l’histoire de son pays au lieu de se cramponner au pouvoir.  
 Dans ce discours le président Napolitano a fait preuve de sagesse, d’humilité,  de responsabilité et de patriotisme sans limites : des qualités  qui manquent cruellement aux chefs d’Etat africains qui s’accrochent au pouvoir.  Tel est le cas de l’ancien Président de la Guinée le General Lansana Conté : en dépit de sa très grave et longue maladie qui l’avait rendu complètement incapable de diriger le pays, il s’accrocha au pouvoir jusqu’à sa mort. Malgré les contestations,  les soulèvements populaires et  l’explosion sociale qui menaçait de déstabiliser la Guinée, où le pouvoir était dans la rue en 2007, il n’avait pas eu ce sens de responsabilité historique en démissionnant ou en préparant sa succession.
Apres deux mandats prévus par la constitution, l’ancien président Sénégalais, Abdouaye Wade, qui était également très vieux avait cherché à se maintenir au pouvoir ou à le transmettre à son fils , malgré son niveau intellectuel tres élevé. C’est comme si cet opposant historique, brillant universitaire très cultivé et passionné de l’histoire, était convaincu que ce n’était qu’en transmettant le  pouvoir à son fils qu’il allait entrer dans l’histoire. Le président Wade avait certainement tenté d’imiter le président togolais Gnassingbé  Eyadema et l’ancien président gabonais qui s’étaient arrangés en se faisant remplacer au pouvoir  par leurs fils, respectivement Fort Gnassigbe et Ali Bongo, après leurs décès. Ensuite  il y a eu des élections qui ont tenté de masquer ou légitimer le caractère dynastique de ces successions que d’autres chefs d’Etat africains en exercice sont en train de préparer actuellement.   
Quant à Abdoulaye Wade, en   perdant l’élection, celui qui incarnait la renaissance africaine et l’afroptimisme avec Thabo Mbeki,  est sorti   par la petite porte, malheureusement pour l’Afrique.
Blaise Compaoré, ancien  président du Burkina Faso, qui vient d’être chassé du pouvoir par une insurrection populaire, voulait également modifier la constitution afin de se faire réélire pour une énième fois après 27 ans au pouvoir. Le cas de Blaise Compaoré et Thomas Sankara , son compagnon révolutionnaire du début des années 80, qu’il avait supplanté en accédant au pouvoir par un coup d’Etat en 1987, est emblématique. Blaise Compaoré avait essayé de se racheter de ce coup d’état  fratricide qui coûta la vie à son ami et frère   Sankara, qui était le révolutionnaire et modèle de toute la jeunesse progressiste africaine, en travaillant pour son pays tout en cherchant à se maintenir au pouvoir pendant près de trois décennies. En revanche, c’est Thomas Sankara, dont le pouvoir avait duré à peine plus de trois ans, qui est entré dans l’histoire.  Contrairement à Compaoré,   sa mémoire demeure toujours vivante au Burkina Faso et en Afrique Subsaharienne.  Comme ironie du sort, tandis que Comparé cherchait à fuir, les jeunes révolutionnaires étaient encore en train de scander le nom de Sankara, en inscrivant ainsi leur soulèvement en continuité avec la révolution entamée en 1983 par le Che Guevara africain   . Cet exemple montre donc que ce n’est pas en se maintenant  au pouvoir pendant très longtemps   qu’un chef d’Etat ou un dirigeant politique entre dans l’histoire. C’est   plutôt en posant   des actes allant dans le sens de l’intérêt national qu’ils deviendront des grands hommes dont l’histoire retiendra toujours les œuvres : leurs mémoires seront ainsi  immortalisées.

 Nous souhaitons à l’actuel Président guinéen, en tant qu’opposant historique, d’entrer dans l’histoire en posant des actes qui s’inscrivent à long terme et dans le sens de l’intérêt national,  quitte à aller à l’encontre des intérêts partisans, communautaires, régionalistes ou ethniques. Donc, nous lui souhaitons, en ce début d’année 2015 à un an de l’expiration de son premier mandat, d’avoir la stature des véritables hommes d’Etat. Pour ces derniers,  le sort  de la Nation vient avant l’intérêt des réseaux et clans affairistes qui   incitent souvent les  présidents africains à se cramponner au pouvoir ou à le transmettre à tout prix à un proche. 

jeudi 1 janvier 2015

Les zones d'ombre et les effets pervers de la récente évaluation des Ministres guinéens



     La récente évaluation des ministres suscite beaucoup d’interrogations par rapport à la nécessité, la régularité et la pertinence d’une telle initiative. Dans un contexte de lutte contre l’épidémie d’ébola où nous avons besoin de la solidarité gouvernementale, on peut s’interroger également sur  l’opportunité et les effets pervers d’une telle initiative.
Le fait d’évaluer les ministères est en soi une très bonne chose, si elle est effectuée dans les règles de l’art conformément aux critères requis et  de manière objective dans un souci de transparence. Certes le président et sont premier ministre doivent suivre et évaluer les activités de chaque ministre de leur gouvernement mais ils ne sont pas obligés de publier les résultats de leurs appréciations, qui devraient plutôt  se traduire par des actes concrets notamment les avertissements, des suggestions, des encouragements, de la pression supplémentaire ou des remaniements ministériels. En cas de faute grave le ministre concerné doit démissionner ou il est limogé directement. 
Il y a lieu de rappeler d’abord que ce sont les citoyens guinéens et les usagers de l’administration guinéenne qui sont mieux placés pour apprécier les fonctionnements des différents ministères et leurs titulaires. Dans une démocratie où il y a la liberté d’expression les journalistes sont encore mieux placés pour évaluer la performance des ministres en faisant des investigations et des sondages d’opinion qui déterminent dans la transparence les cotes de popularité de chaque ministre. Or les critères et les résultats qui ont permis aux évaluateurs de classer les ministres en trois catégories notamment, les ministres excellents, bons et tocards n’ont pas été présentés, même si l’on parle de feuille de route. De plus nous ne pouvons pas  évaluer les ministres de façon objective, sans aucune distinction entre leurs ministères respectifs en termes de spécificité et d’importance en fonction de la politique générale du gouvernement et ses priorités. Il y a  donc une hiérarchie gouvernementale logiquement déterminée par l’importance des portefeuilles qui confèrent à chaque ministre un poids. D’où l’expression « les poids lourds du gouvernement ». Par exemple en raison de l’importance des problèmes de l’immigration et de la sécurité en France pendant ces deux dernières décennies, le ministre de l’intérieur est considéré comme le numero 3 des gouvernements français qui se sont succédés dernièrement. Et c’est en tenant compte des résultats obtenus par Manuel Valls  qu’il a été nommé premier ministre. La promotion à l’intérieur du gouvernement constitue donc un facteur de motivation et de performance des ministres. Avant d’évaluer les ministres le gouvernement devrait donc offrir aux citoyens une certaine lisibilité de sa politique générale et de ses priorités. Dans le cas guinéen en raison de l’épidémie d’Ebola, le ministère de la santé devient le plus important. Comment peut-on ’évaluer alors le ministre de la santé actuellement au  même titre que ses homologues de l’enseignement secondaires et supérieurs, dans la mesure où les écoles et les universités sont toujours fermées en raison de l’épidémie. Dans un contexte d’épidémie d’Ebola sur fonds de crise économique et sociale, en raison de quels résultats certains ministres ont-ils  été qualifiés d’excellents ? A notre avis on ne peut pas faire le classement des ministres et de demander implicitement aux populations, en le publiant, de l’accepter comme tel, sans le justifier en présentant les résultats de manière détaillée.  Si l’évaluation est faite dans un esprit de transparence, il fallait y aller alors jusqu’au bout.
Même si les media guinéens ne disposent pas de suffisamment de données quantitatives fiables et d’instruments d’analyses sophistiqués et précis, comme dans les pays développés, pour faire des sondages, tous les observateurs de la vie politique en Guinée peuvent constater aisément les performances des ministres. Par exemple en tant que citoyen guinéen et observateur de la vie politique en Guinée, dans ce contexte d’épidémie, je constate qu’il a fallu une intense activité diplomatique pour mettre la Guinée a l’abri de la marginalisation et d’isolement en maintenant les vols aériens tout en poursuivant la coopération. Certes les carnets d’adresse du président ont contribué à ce succès diplomatique qui s’est traduit par exemple par la visite du président français  Mr François Hollande en Guinée. Mais il ne saurait être indépendant de l’expérience et de la compétence du ministre des affaires étrangère, Mr François Fall.
A la limite l’assemblée nationale qui accueille et écoute tous les ministres tout en leur posant des questions est encore mieux placée que la primature et  la présidence pour évaluer les ministres, dans un esprit de séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu, où l'exécutif demande d’être tempéré, contrôlé et arrêté par les pouvoirs législatifs et judiciaires. D’autant plus que, parmi les députés, il y a des technocrates, des hauts cadres de l’administration guinéenne et des anciens ministres qui ont de l’expertise et de l’expérience pour ce genre d’exercice.


Les Effets Pervers de la publication des résultats de l’évaluation
Les effets pervers sont les   résultats non souhaités et  non désirés, voire les conséquences néfastes d’une action,  auxquelles on ne s’attendait pas en agissant.  Ces effets étant omniprésents au sein des organisations administratives, pour reprendre Michel Crozier, une telle évaluation qui est certainement partie d’un bon sentiment, pourrait créer d’autres problèmes au gouvernement. En publiant ce classement certains ministres peuvent se sentir frustrés et injustement appréciés, comme le secrétaire général du ministère de l’éducation l’a d’ailleurs manifesté. En classant les ministres en trois catégories, cela  pourrait contribuer à entretenir une division au sein du gouvernement et porter atteinte à la solidarité gouvernementale dont on n’a  jamais eu tant  besoin comme maintenant  dans un contexte de lutte contre l’épidémie d’Ebola.
Afin de chercher à se classer très bien et de garder leurs postes certains ministres tenteront naturellement d’occulter les faiblesses de leurs ministères en soulignant plutôt leurs performances au point de falsifier leurs résultats. Dans ce cas au lieu de faire la lumière sur les efforts et les acquis des ministères, la dite évaluation contribuerait à cacher les faiblesses des ministres. Elle pourrait être instrumentalisée également par certains ministres qui maitrisent mieux la communication pour faire leur propre publicité personnelle afin de favoriser leur ascension et maintien au sommet de l’État.   


                

mardi 23 décembre 2014

Les lieux de rencontre d'Alpha Condé avec Cellou Dalein Diallo: de l'unité nationale à l'instrumentalisation politique



Les deux derniers rencontres inattendues  du président guinéen et le leader de L’UFGDG de l’opposition, en cette fin d’année 2015, montrent que dans la vie seules les montagnes ou d’autres objets figés ne se rencontrent jamais, mais les hommes peuvent toujours se retrouver,  quels que soient leurs points de divergence et les conflits qui les opposent.
Dans un contexte d’une forte bipolarisation de la vie politique, de manque de confiance et de dialogue dont souffre énormément la Guinée, l’opposition guinéenne et le parti au pouvoir s’affrontent et se critiquent violemment   par médias interposés, mais ils ne se  rencontrent que rarement pour s’affronter, discuter de leurs idées et aplanir leurs points de vue afin de retrouver le consensus sans lequel il n’ y a ni de démocratie ni de paix sociale.  D’où la dimension historique de ces deux dernières rencontres, notamment à l’occasion de la visite du président français François Hollande en Guinée et autour du symposium des six années de la mort de l’ancien Président, le général Lansana Conté.
La visite du président Hollande, qui était venu manifester sa solidarité avec le peuple de Guinée, dans un contexte de marginalisation et d’isolement de la Guinée en raison de l’épidémie d’Ebola a été un grand moment de solidarité, de dignité et de patriotisme de la classe politique guinéenne. A cette occasion, le président Alpha Condé avait eu l’intelligence et  le sens de la responsabilité d’un homme d’Etat en tendant la main, pour une fois, à l’opposition guinéenne invitée aux cérémonies officielles d’accueil du président français.  Les membres de l’opposition aussi ont eu la courtoisie et le sens de l’intérêt national en acceptant volontiers cette invitation du Président. Les principaux acteurs politiques guinéens ont pu dépasser ainsi leurs intérêts partisans au dessus desquels ils ont placé l’intérêt du peuple guinéen. Il s’agit là de l’une des principales clés de blocage politique en Guinée, source de paix sociale et de développement dans notre pays.
Apres cette visite du président français, chacune des deux parties qui se disputent le pouvoir a  regagné  son  propre  camp à base principalement ethnique pour camper sur ses positions habituelles relatives au principal, pour ne pas dire unique, sujet du débat politique en Guinée : l’organisation des élections. Election à tout prix ! C’est comme si nos principaux acteurs politiques avaient  encore oublié l’intérêt supérieur de la nation guinéenne, dans un contexte où notre pays est confronté et fragilisé  par l’épidémie d’Ebola, en ne cherchant qu’à garder le pouvoir ou à y accéder. Ils renouent ainsi avec les mêmes habitudes de dialogues de sourds qui se nourrissent du manque de confiance entre les acteurs politiques et de volonté politique. 
Finalement il a fallu attendre le symposium des six ans de la mort du président Conté pour revoir une autre rencontre du président de la république avec le leader de l’UFDG Celloun Dalein Diallo autour de la mémoire du défunt président. Les  deux camps politiques se disputent désormais cette mémoire pour  en faire une ressource politique afin de séduire l’électorat de la basse Guinée, région d’origine du président défunt où il demeure toujours populaire. Nous assistons donc actuellement en Guinée à une instrumentalisation et à des récupérations politiques des mémoires de nos anciens présidents à des fins purement électoralistes à court terme, dans un contexte d’ethnicisation et de surcommunautarisation de la vie politique.    Donc si la première rencontre à l’occasion de la visite du Président Hollande a été une grande occasion  d’unité  dans l’intérêt national, la récente rencontre de cette semaine était plus dictée par les intérêts partisans. Ainsi,  elle apparaît comme le premier acte de la prochaine campagne électorale où, apparemment, la manipulation de l’histoire récente de la Guinée et l’instrumentalisation de l’ethnicité  continueront de planer sur la quiétude sociale.

dimanche 21 décembre 2014

L'énigme du racisme contre les Noirs dans le Football

Le football est la discipline sportive, qui rassemble davantage les peuples du monde entier et les différentes couches sociales, qu’elles soient riches ou pauvres, mais en même temps il est paradoxalement devenu l’un des moyens les plus importants de la manifestation et l’expression du racisme.
Si l’on peut tenter de comprendre la persistance du racisme dont sont victimes les noirs par des facteurs historiques notamment l’esclavage, la colonisation, le retard de l’Afrique sur le plan technologique et économique, nous pouvons cependant être surpris désagréablement du racisme dont sont victimes les footballeurs noirs.  Dans cette discipline sportive  on peut compter, parmi les meilleurs sportifs  qui ont régalé la planète entière par leur génie et technique, beaucoup de joueurs noirs  notamment le roi Pele, le meilleur jouer de tout temps, Eusobio, Abedi Pele, Georges Weah, Ronaldo, Ronaldinho, Samuel Eto, Lilian Thuram,  Didier Drogba, Yaya Toure etc.. Les exploits techniques et les brillants parcours réalisés par  tous ces grands joueurs noirs, parmi tant d’autres, tellement nombreux qu'on ne peut pas les citer ici,    devraient, normalement, contribuer à lutter contre les préjugés, les clichés et le racisme dont sont victimes les Africains.  Au-delà  de la couleur de la peau, leurs exploits sportifs montrent que les qualités humaines notamment le don, le génie, l’intelligence technique ou tactique ne sont l’apanage d’aucun peuple, mais ils appartiennent à tous les groupes ethniques ou à toutes les  races,  pour ceux qui ne croient pas encore à l’existence d’une seule espèce humaine. D’où l’énigme du racisme dans le football. Comment peut-on aimer le football et crier son  sur un footballeur parce qu’il a simplement la même couleur de  peau que  Pele  ou d’autres « génies noirs » du football ?
De plus ce qui est encore étonnant, injuste et révoltant, ce sont les fils du continent du football, l’Afrique, qui sont les victimes de  ce type de racisme qui ne vise que les footballeurs. Eh oui, l’Afrique est un continent de football où le ballon rond rend heureux  des millions d’enfants et de jeunes qui n’ont pas autant de jouets et d’infrastructures sportives et de loisirs que leurs homologues des pays riches ou moins pauvres. Comme la pratique de football n’exige qu’une petite boule ronde que les enfants fabriquent ou inventent parfois avec des moyens du bord, ou achètent à des prix très abordables, il est devenu ainsi le sport roi, c'est-à-dire le plus pratiqué et regardé dans le monde, même dans les contrées villageoises les plus lointaines d’Afrique. Dans les villes en Afrique, beaucoup plus peuplés que les villages, les jeunes désœuvrés, victimes de la déscolarisation et du chômage, s’adonnent, avec passion, au football en jouant et en regardant surtout, les clubs et les équipes nationales européennes. Quand ces jeunes africains supportent les clubs tels que Real Madrid, FC Barcelone, l’inter de Milan , Milan AC, Liverpool, Bayern de Munich, ce ne sont pas les couleurs de la  peau des joueurs qui les intéressent et qu’ils regardent. Ce sont plutôt leur jeu, le génie, l’art  des joueurs, qu’ils admirent en  les supportant au point de s’identifier aux stars du ballon rond, jusqu’à porter leurs noms comme surnoms. C’est pourquoi en Afrique et surtout en Guinée il y a beaucoup de jeunes qui se font appeler Maradona, Platini, Zico, Socrates, Zidan, Messi, Christian Ronaldo, Baggio, Del Piero, Pirlo, Clinsman, Thomas hasler, Becken Bauer etc.  Cette passion du football des jeunes africains et leur adoration et adoption des idoles du ballon rond dans leurs cœurs indépendamment des appartenances raciales ou ethniques, religieuses, contrastent malheureusement avec le racisme dont sont victimes les footballeurs d’origine africaine. Dans ce cas, ceux qui agressent chaque weekend dans les stades européens, les footballeurs noirs en les insultant, en faisant des cris de singe ou en jetant des bananes, n’infligent pas seulement cette violence aux seuls footballeurs, mais ils insultent plutôt tout un continent africain, y compris les jeunes amoureux du football.
Cet état de fait regrettable doit nous amener à nous poser cette question:  si un noir ne peut pas se sentir à l’aise sur un terrain de football ou  dans un stade sans être victime de la haine raciste et de l’humiliation, bref de la violence physique et symbolique, où  peut-il être bien dans sa peau maintenant ? Quant à moi ma réponse est sans hésitation ni réserve négative. C’est pourquoi les milieux du football doivent être considérés aujourd’hui comme le premier lieu de combat et le principal front de lutte contre le racisme dont les noirs sont victimes.
Au lieu de combattre ce type de racisme primaire, qui n’honore aucun être humain, aucune société, nous assistons plutôt à sa banalisation et sa persistance sous l’œil complice des dirigeants du monde entier, surtout africains, la FiFa, et la CAF et la passivité, le manque de conscience de solidarité des footballeurs noirs à l’exception quelques rares joueurs tel que Lilian Thuram.
Par exemple Willy Sagnol, l’entraîneur de l’équipe de Bordeaux  où il y a plusieurs footballeurs africains, notamment le capitaine de l’équipe, a tenu des propos racistes, teintés de préjugés et de clichés, visant les footballeurs africains, mais il n’a été sanctionné ni par les dirigeants de son club ni par la fédération française de football, malgré la dénonciation de certaines personnalité du football d’origine africaines et européenne, notamment Pape Diouf et Claude Le Roi. Les journalistes de l’émission de RFI Mondial Foot l’ont aussi beaucoup critiqué. Du côté des footballeurs africains en activité dans le championnat, silence radio ! Personne n’a réagi, y compris les joueurs africains de Bordeaux.  Or, une simple grève des footballeurs africains paralyserait complètement le championnat français tout en contribuant à mettre les joueurs à l’abri du racisme.  Paul Pogba, footballeur français d’origine guinéenne, élu meilleur footballeur junior du monde, a été aussi victime du discours raciste du président de la Fédération italienne du football, mais la victime, plus préoccupée de sa carrière, n’a réagi d’aucune manière. D’où le silence coupable des footballeurs noirs qui contribuent beaucoup à la persistance du racisme, car ils ont la notoriété et le pouvoir économique pour s’ériger en défenseurs de l’ensemble des Noirs, notamment des immigrés ouvriers souvent  victimes du racisme.
D’ailleurs dans un prochain article nous tenterons de démontrer comment le sommet de la hiérarchie du football européen contribue à entretenir les préjugés et  les clichés sources du racisme visant les footballeurs noirs et africains. 

Dr Abdoulaye Wotem Somparé, sociologue et ancien footballeur amateur